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La Saint-Valentin, perdante au jeu de l’amour ?

Temps de lecture : 6 minutes

Des petits cœurs sur toutes les vitrines en ce 14 février… ça nous aurait bien fait craquer. Seulement Cupidon n’a pas eu la bonté de frapper à toutes les portes, et on s’en est bien accommodé. Le célibat prend du terrain pendant que le mythe des amoureux continue de se réinventer.

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Laury Peyssonnerie

Des petits cœurs sur toutes les vitrines en ce 14 février… ça nous aurait bien fait craquer. Seulement Cupidon n’a pas eu la bonté de frapper à toutes les portes, et on s’en est bien accommodé. Le célibat prend du terrain pendant que le mythe des amoureux continue de se réinventer. Dans cette configuration, on ne peut s’empêcher de se demander : la Saint-Valentin, a-t-elle perdu au jeu de l’amour ?

Valentin, ce sale menteur

Vous rentrez du travail quand soudain : un chemin de pétales de rose vous guide vers le doux dîner aux chandelles que votre moitié vous a préparé… du moins, c’est ce qui se serait passé si vous viviez dans une comédie romantique.

Vous lui auriez sauté dans les bras tant vous ne vous y attendiez pas – ah bon, on est déjà le 14 février ? – et vous auriez certainement fini par un bain moussant rempli d’amour supplément bougie à la fleur d’oranger.

Cet imaginaire idyllique du couple, les marques le déploie toutes les 14 février. Or, il faut se rendre à l’évidence : au mieux, vous aurez un dîner hors de prix dans un restau même pas branché, au pire une soirée télé devant le match du PSG parce que “la Saint-Valentin c’est trop commercial”.

Si chez les nouveaux amoureux, on attend la Saint-Valentin comme la preuve ultime d’engagement. Chez les habituées, la table de la Saint Valentin ne se dresse jamais sans embûches.

Parce que la journée de l’amour n’est pas qu’une fête. C’est aussi un rappel à ceux qui ne s’aiment plus assez qu’il n’est pas quotidien ; parce que notre partenaire n’a pas les airs du prince charmant originel, ou simplement parce qu’on à rien a se dire à la table du restaurant qui va nous coûter plus cher que le dernier Togo.

D’autres, préfèrent éviter le schéma pré-fait de la comédie romantique (bien souvent ratée) en affirmant que l’amour, c’est tous les jours que ça se prouve. Pas besoin de commander des roses rouges cultivés en Équateur pour faire plaisir à l’être aimé.

À l’image de la princesse et de son prince charmant, et bien loin des réalités du ménage, le grand amour unilatéral hétéro-normé s’impose. Et pendant qu’on braque tous les projecteurs sur les amoureux, on jette les célibataires dans le fossé de la honte.

Seul(e), et mal accompagné(e)

C’est bien connu, pour profiter de la vie, il est impératif de partager son lit, quitte à supporter la lunette des toilettes relevée jusqu’à la fin de ses jours. Du moins, c’est ce que la Saint-Valentin nous laisse croire.

Au XVIIème siècle, François de la Rochefoucauld avait pourtant cerné le problème : “Il y a des gens qui n’auraient jamais été amoureux s’ils n’avaient jamais entendu parler de l’amour.” Par mimétisme, il est devenu impératif que la quête du bonheur passe par la quête de l’autre.

Et forcément, lorsqu’on n’a pas encore trouvé de moitié à la date fatidique, le célibataire se retrouve confronté à sa solitude éternelle.

Parce qu’être célibataire, c’est la honte, ça veut dire que personne ne nous a choisi. Même après avoir scrollé des heures sur Tinder, le solitaire est condamné à vivre dans l’attente. Comme si la vraie vie n’avait pas encore commencé tant que l’on ne partage son lit qu’avec son chat.

Et même quand la case est cochée, les repas de famille nous assaillent avec de nouvelles aspirations : alors les enfants, c’est pour quand ? Même le président s’y est mis, c’est pour vous dire l’ampleur des dégâts.

Comme si la norme, sponsorisée par Platon, se devait de nous rappeler en permanence que chacun doit chercher sa moitié. Et pour cela, la Saint-Valentin tient son rôle à la perfection. Elle veut à tout prix nous extraire de la marginalité.

« Il y a cette idée que celui ou celle qui est seule, c’est que personne n’a voulu d’elle ou de lui (…) et je trouve que ça renvoie à la valeur qu’on a. Or, ça ne devrait pas. C’est pas parce qu’on est en couple qu’on est plus valeureux ou valeureuse en termes d’estime de soi ou de qualités. » Cécilia Commo, psychanalyste & sexologue dans un épisode de Grand bien vous fasse !

Pourtant, selon un sondage de l’Ipsos (2022), plus de 3 célibataires sur 10 disent apprécier ne pas être en couple. Car, malgré la pression du monde entier, certains affirment qu’ils n’ont pas besoin d’une moitié pour se sentir complet.

Qu’il s’impose ou non à nous, ça amène naturellement à se demander : Le couple, est-il une fin en soi ? Ne peut-on pas se satisfaire de soi-même ?

Dans cette optique, le célibat peut aussi être un choix, et devenir une contre-norme. Qui n’a jamais rêvé de dormir au milieu du lit entre les deux oreillers ?

Le romantisme n’est pas mort

Si l’injonction au romantisme a fini par nous fatiguer, on ne se passe pas encore des love stories qui nous inspirent. La dernière en date, celle de Taylor Swift et de Travis Kelce, a fait ses preuves au Superbowl, dimanche dernier.

Que l’on veuille s’engager ou non, on aime voir se dérouler sous nos yeux la fiction du couple parfait. Parce que l’amour est l’une des passions les plus puissantes, et qu’“un homme sans passion est un roi sans sujet” (Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues).

Si ces exemples d’idéaux confortent la norme, ils offrent aussi un potentiel de projection. On vit l’intensité du sentiment amoureux par proxy, et ça suffit. Au mieux, on invente des nouveaux schémas qui tournent le dos à la norme, et on se satisfait de notre amour-propre.

Le self love aurait autant, voire plus de valeur que l’amour de l’autre. Parce qu’il n’est pas nécessaire d’attendre après qui que ce soit pour se faire plaisir, comme le dit très bien Miley Cyrus dans Flowers.

“Il y a de plus en plus, grâce à Miley Cyrus, de personnes qui viennent s’acheter des bouquets, parce qu’ils ont envie de s’offrir des fleurs soi-même”, Coralie, fleuriste et scénographe florale pour bref.france

 

Publié par @maevasrds
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Les marques ont même trouvé des mécaniques cathartiques pour nous aider à voir le côté positif du célibat.

En Chine, Alibaba a réalisé le rêve des contre-normés : la journée des célibataires. Cette opération commerciale déguisée incite les personnes seules à se faire plaisir, sans penser à leur ex ni à leur porte-monnaie. Ou comment rendre une contre-soirée encore plus commerciale que l’originel.

Pendant ce temps, chez Rakuten, on n’est pas obligé de dépenser de l’argent, on peut aussi en gagner.

Si on n’a pas de réservation pour deux ce soir, on se prépare un masque au concombre et un dîner à manger au fond du canapé (de préférence, pas devant Bridget Jones ni le PSG). En bref, on prend soin de soi. De toute façon, être à deux dans le bain, c’est toujours trop serré. Et si on tient vraiment à avoir de la compagnie, on peut toujours transformer le 14 février en Galentine’s day.

La contre-norme prend ses marques, et le cercle vicieux du jour sacré est relancé. Faut-il vraiment attendre la St Valentin pour prendre soi de soin ? La santé mentale c’est toute l’année.