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La digital detox est-elle obligatoire ?

Temps de lecture : 3 minutes

Toute l’année, on scroll, on stalk, on se fait un call ou un selfie… jusqu’à l’overdose. Serait-ce le début de la fin ou simplement l’heure du renouveau ?

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Content Strategist. 30 onglets ouverts dans la tête et un assistant à moustaches sur les genoux.

Laury Peyssonnerie

On en a trop entendu

C’est enfin les vacances. Après avoir été derrière l’ordinateur 8 heures par jour, écouteurs aux oreilles, supplément téléphone jusqu’au fond du lit, c’est l’heure de la déconnexion… Enfin, si on a un peu de bonne volonté. De toute façon, en plein soleil sur le transat, l’écran, on n’y voit rien.
Certains avaient bien déjà essayé au beau milieu de l’année. Vous savez, la fameuse digital détox ? Parce qu’internet, c’est une porte d’entrée vers l’infini et au delà mais c’est aussi la source du mal du siècle : la FOMO.
Ce n’est pas seulement les écrans, c’est aussi les réseaux sociaux. La vie avec eux, c’est passer plus de temps sur son téléphone que dans la soirée ou pratiquer le phubbing même avec sa moitié. Parce qu’ils nous rendent accros en nous incitant à nous connecter le plus possible, dès que possible et, ainsi, ils participent aussi à nous isoler socialement de la vraie vie.
Or, malgré la dopamine en intraveineuse, ça a fini par être de trop. On nage dans un océan d’informations, le plus souvent dans notre propre bulle, en lisant presque tous les jours les mêmes notifications sans disposer du recul nécessaire pour souffler. Rien qu’une minute.
Et le bilan est tombé : la fatigue informationnelle touche 53% des Français (Institut Jean Jaurès, 2022).

Alors, certes, il faut s’informer. Doit-on cependant ne vivre que par ce prisme ? Ne pourrait-on pas prendre un peu de distance, pour une fois ?
Et puis, de toute façon, on ne s’amuse plus sur Internet paraît-il.

Définition

« J’écoutais la radio le matin, pas mal de podcasts, je suivais beaucoup de médias et de journalistes sur Twitter… Jusqu’au jour où je me suis rendu compte que cette routine me procurait un effet anxiogène, notamment sur des sujets comme la guerre en Ukraine et l’écologie. J’étais arrivé à un stade où j’avais l’impression de n’entendre que du négatif, et aussi de ne plus rien arriver à retenir. » Justin, Designer interviewé pour Usbek et Rica

Déconnexion imminente

En 2015, Andrew Ellis, un professeur de l’université d’Aston à Birmingham, annonçait que le crash d’internet pourrait avoir lieu d’ici 6 à 8 ans. On vous laisse faire le calcul. On est en plein dedans. Pourtant, le web semble battre son plein.
Et si un beau matin, tout s’arrêtait ?
Plus de wifi, ni de 4G, plus de téléphone ni de TV. En gros, plus d’écrans ni de réseau du tout. Un peu comme un (non) confinement, mais cette fois-ci sur Internet. Ce serait une obligation à sortir pour vivre pleinement le monde réel. Peut-être pas l’apogée du fun pour les Digital Natives pour qui, cela s’apparenterait presque un effacement de leur culture.
Qui dit plus d’écrans, dit plus de réseaux sociaux, plus de messages vocaux de 8 minutes, plus de #monthlyphotodump, ni de scroll devant la télé. Et, honnêtement, on ne sait pas ce qui nous manquerait le plus. Il semblerait que le plus difficile serait de nous arracher à nos habitudes pour revenir à des pratiques moins évoluées.
Si, pour s’adapter à l’avènement d’Internet, on a su développer des capacités hors normes comme regarder la TV en jouant à Candy Crush entre deux SMS, qu’en est-il de trouver sa route sans Google Maps ? Serait-ce le retour des passants qui nous donne des indications qu’on n’a pas réussi à suivre mais qu’on remercie quand même ? Puis, en prenant le tram, on aurait la joie de regarder chaque passager dans le blanc des yeux… ou peut-être qu’on se mettrait tous à la lecture pour éviter ça.
Du côté des marques, plus d’un business ferait faillite. Alors, s’ils renaissaient de leurs cendres, ça donnerait quoi ?

Uber Eats : Peut-être un avenir en pigeon voyageur. On espère juste que vous n’avez pas trop faim.
Waze : Reconverti dans les plans de cartes éphémères, mais sans les radars. Inutile, donc.
Instagram : Nouveau service de jumelles filtrées pour espérer voir des paysages carte postale. Tant pis pour les selfies.
TikTok : Initiateur de Flash Mobs en pleine rue, et autres tendances saugrenues.
Twitter… enfin X : Lieu de racontage de vie et de débats, ouvert à tous, même aux haters

Maintenant que les réseaux sociaux nous ont rapprochés, peut-être serait-ce l’occasion d’accueillir l’ère de la socialisation 3.0, en 4D et sans écran ?

Ou peut-être pas. Peut-être qu’on resterait bien confortablement à la maison. Et qu’on finirait par lire tous les livres de la bibliothèque. Heureusement, Booktok nous a frayé un chemin… Sinon qu’est ce qu’on aurait bien fait ?

La vie sera farniente ou ne sera pas

Les “c’était mieux avant” n’auront plus le même goût après la disparition des écrans. Surtout à une époque où on veut toujours faire plus, même si c’est juste écouter un podcast en faisant la vaisselle pour optimiser notre productivité et combler le vide. Comme s’il était dangereux, ce silence.

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À force de vouloir tout savoir, tout commenter, tout écouter sur Internet… on fini par ne plus rien faire. Et si on ne faisait rien pour faire mieux par la suite et, enfin, retrouver cette énergie créatrice, plus spontanée et authentique ? Dans cet élan, naîtront peut-être les nouveaux artistes d’une génération ? Les Monets, les Hugo ou les Rodins, inspirés par d’autres muses que celles que l’on voient en boucle dans nos feeds. Oui, parce que le monde n’est qu’un éternel recommencement après tout.

Il faudrait probablement réapprendre à s’ennuyer. Écouter le silence pour laisser fuser les idées, dans leur forme la plus pure. Tiens, tiens, c’est peut-être pour ça qu’elles se montrent toutes sous la douche ? Le seul endroit où l’on ne dispose pas son téléphone, enfin normalement.

Mais attendez, et si Internet était notre espace de créativité à nous ? Peut-être qu’il ne s’agirait pas de tout arrêter. Simplement de composer différemment avec les outils qui sont à notre disposition.

Mais ne nous méprenons pas, personne n’a dit que c’était facile. Sur ce, nous on retourne à notre clavier

Définition

« L’être humain a toujours la possibilité de réinventer son tempo […] et peut ainsi redonner souffle et cohérence а son existence. », Aliocha Wald Lasowski autrice de À chacun son rythme – Petite philosophie du tempo à soi pour Slate