La parole libérée, délivrée…
Loin de nous l’idée de tout mettre sur le dos du COVID… mais il est entré dans nos vies sans frapper, et il y a laissé bien du désordre. Après son passage, en 2022, 70% des étudiants se considéraient en mal-être psychologique selon une étude LMDE- CSA.
La Gen Z en a subit les conséquences, mais la bonne nouvelle c’est que depuis, elle en parle sans complexes. On n’est pas certains que ça fasse l’unanimité aux repas de famille, mais sur TikTok la tendance #MentalHealth témoigne de l’engouement à libérer la parole. À l’instar du “vous n’êtes pas seuls”, nombreux sont ceux qui partagent leurs angoisses, leurs petites victoires et leurs grandes détresses. Certains en ont même fait leur ligne éditoriale, comme @we.are.olympe, atteinte du Trouble Dissociatif de l’Identité. En montrant les réalités de la maladie, elle participe à lever les tabous sur ses troubles tout en ouvrant le débat. Pour un sujet vieux comme le monde, ça a quand même un petit goût de révolution d’être accueilli avec autant de bienveillance sur les réseaux.
« Dans l’imaginaire collectif, il y a habituellement une opposition entre le “nous”, ceux qui sont sains d’esprit, et “les autres”, perçus comme malades. Cette période nous a fait comprendre que nous avons toutes et tous une santé mentale dont il faut prendre soin au même titre que notre santé physique », Aude Caria, directrice de Psycom
Que c'est romantique
“Si tu cogites trop, cette vidéo est pour toi”, “5 habitudes à prendre pour contrer la dépression” Sur la plateforme, les mises en scène sur un fond de musique triste nous feraient presque croire que les phrases motivationnelles qui respirent la fausse positivité suffisent à surmonter une dépression. Bienvenue à l’ère de la romantisation. Oui, parce que rendre ça trendy, c’est bénéficier de l’effet Barnum et faire grimper les abonnés.
Si tout le monde se sent concerné, c’est l’essentiel vous nous direz. Or, la surenchère du clic n’a pas sa place sur un sujet aussi important. Libérer la parole, on y compte bien, mais en faire un outil de désinformation, c’est surtout dangereux.
« L’accès à l’information est grandement facilité, ce qui est une vraie avancée. Mais on a vu beaucoup de vidéos émerger sur des concepts controversés, comme l’hypersensibilité ou le haut-potentiel émotionnel. Ce n’est pas si grave car les adolescents sont toujours en quête d’identité, mais si ces personnes ont des troubles, il faut qu’elles puissent trouver de l’aide auprès de professionnels et pas seulement sur TikTok », Charly, psychologue et créateur de @Culturepsy
Comme sur Doctissimo après un mal de ventre, on aurait tous les malheurs du monde dans la bulle Tiktok. Mais les problèmes des uns ne sont pas applicables à ceux des autres, alors non merci les auto diag.
Face à cette glamourisation du mal-être on en viendrait presque à penser que le healthwashing compte succéder à son grand frère, le greenwashing. C’est donc ça que va nous laisser la Gen Z ?
Et dans la “vraie vie” ?
« C’est un fast-food de la psychothérapie. On fait quoi après les huit séances ? Les patients qui ne peuvent pas payer sont laissés dans la nature. On ne leur permet pas d’entreprendre un vrai travail de thérapie », Jean-Pierre Zobel, psychologue pour le Huffington Post
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